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Fiches D'histoire Et Littérature

18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 19:30

Deux hommes ; un seul et même rêve dans un univers où chaque minute est comptée…

Les Chariots de Feu – film paru en 1981 – retracent le parcours de deux champions de course à pied qu’a priori, tout oppose. L’un est un sportif déjà connu (Lidell), l’autre un étudiant Juif (Abrahams) qui se distingue dès son entrée dans l’un des plus prestigieux établissements de la capitale en parvenant à faire le tour de la cour dans l’intervalle des douze coups de midi.

 D’emblée, l’image de ces jeunes garçons, foulant la plage déserte avec douleur, joie, espérance et effort font voyager dans le temps pour revenir aux sources de la relation entre les membres du groupe de coureurs amateurs du Collège qui se retrouveront sélectionnés aux Jeux Olympiques et offriront deux remarquables performances à leurs contemporains.

Cependant, le film acquiert une force tout à fait singulière – parabolique, pourrait-on dire… - dans la mesure où, si la vitesse est tout l’enjeu des deux jeunes hommes, nombre de plans filmés au ralenti et soutenus par la musique de Vangelis, permettent une introspection profonde des personnages qui dévoilent le lien que leur passion pour la vitesse entretient avec une forme d’existence qui semble parfaitement incompatible avec le rythme effréné des sprinters et des records, dont, ainsi que le rappelle Michel Winock, ce fut la mode dans l’entre-deux guerre ; la foi. Leurs fois, plutôt. Lidell, Catholique, est tiraillé entre le désir de partir en mission en Chine et le plaisir de courir, qui est un moyen de rendre grâce à Dieu des compétences physiques qu’il détient. Abrahams, lui, court pour lutter contre les obstacles qui entravent sa route, contre le regard de mépris de la société anglaise sur ses origines juives.

Au plein cœur de leur course, le ralenti est moins le moment de la décomposition de l’exploit que l’instant même où ce dernier jaillit d’une source plus profonde, une source mystique qui puise dans les souvenirs de chacun, et de leur relation avec des voix féminines (voix de leur conscience ?) qui ne cessent d’interroger ce perpétuel désir de s’entraîner, pour se dépasser, s’affronter, se combattre. Combattre l’autre, mais aussi soi-même. Et tout cela pour se dépasser vers cette forme physique de l’idéal qu’est la vitesse et qui traduit leur idéal de foi, leur quête de l’absolu. Au ralenti, leur visage se détend, se tourne vers le Ciel qui leur insuffle sans cesse la force de poursuivre cette course, et de triompher. «  Je voudrais comparer la foi à une course » explique Lidell dans une petite parabole racontée aux spectateurs d’une course, un jour de pluie.

Mais la course entraîne plus loin, toujours plus loin… Ne risque-t-elle pas de rompre son lien avec l’Absolu ? Qu’est ce que la course « risque de [leur] faire » pour reprendre les termes même de la frêle jeune femme qui exprime ces inquiétudes à Lidell… ? Les deux jeunes hommes risquent-ils de « perdre le sens de certaines valeurs » comme le reproche à Abrahams le directeur du Collège en voyant qu’il a recours à un entraîneur privé pour l’emporter ? Et pourtant, dans le désir de la victoire, l’un comme l’autre se révèlent peu à peu dans toute leur sensibilité…

C’est la réaction, sublime et incomprise de Lidell de renoncer à courir le Dimanche, jour du Seigneur alors même que l’épreuve des Jeux Olympiques pour laquelle il est sélectionné se déroule…  Le roi le veut… Dieu avant le Roi… résiste le jeune homme qui avoue ne pas comprendre lui-même sa réaction mais ressent simplement que c’est ainsi qu’il doit agir… Après tant d’efforts, après s’être vu reproché de laisser de côté ses engagements religieux pour le sport, sur le bateau qui le conduit aux Jeux Olympiques, comment comprendre ce renoncement à tout un travail fruit de la volonté ? C’est que justement, si le sport repose sur la volonté, en devenant un lien avec le Divin, il permet une expérience mystique de l’abandon, et d’une relation plus intense encore à chaque foulée, entre la terre et le mouvement, entre soi et les autres, entre la volonté et la Foi qui donne des ailes. Autre jour, autre épreuve… Une épreuve sur laquelle il n’est pas entraînée et qu’il remporte pourtant parce qu’il a suivi la voix de son cœur et que sa Foi lui a donné, en renonçant à ce qui était le fruit de sa volonté, d’acquérir un plus grand prix encore… Comment, en voyant Lidell, ne pas songer à cette phrase de l’Epitre aux Philippiens «  je cours vers le but pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu ». La course est très présente dans La Sainte Bible. Qu’il soit fait mention de Marie courant au tombeau, d’ Achimaats courant porter les nouvelles au Roi, les courriers qui traversent le pays dans l’Ancien Testament, elle semble refléter dans l’attitude physique une volonté d’aller plus vite, plus fort, mais surtout , plus haut…

 

 

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Published by Pascaline Hamon - dans Les p'tits papiers du cinéma
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 11:58

 ( Petit article rédigé après avoir assisté à une projection donnée à la Sorbonne par deux de mes camarades de Khagne qui se lancent dans la belle histoire du cinéma...)

Filmé en noir et blanc, le film met d’emblée dans une représentation particulièrement esthétique (mais je crois que là-dessus, je ne serai jamais objctive…) : la splendeur du détail de la vie est ainsi magnifiée par des plans fixes sur les yeux d’Helena particulièrement. Ce choix est tout à fait bien vu dans la mesure où il rappelle particulièrement la lignée de l’expressionnisme allemand et permet de gommer certains détails qui apparaîtraient trop visibles ( par exemple quand elle est dans le flot de voiture, le tourbillon de couleur ferait sortir je pense de l’état d’intériorité) en même temps que cela permet de jouer sur une interprétation plus vaste d’un thème qui revient ; celui de la forme, de la silhouette.

Silhouette d’Helena, bien sûr, qui se détache d’emblée dans un paysage marqué par la fuite d’ombres qui passent auprès d’elle sans s’arrêter, sans un regard… Mais, que fait-elle ainsi, perdue dans un Paris qui semble tout à coup vidé de son trop plein (de bruit, de mouvement, de gens, de tout ?). Helena marche seule et descend… Descend les marches de l’église, descend l’escalier pour sortir dans une rue parfaitement vide… Mon affection va tout particulièrement à la cage d’escalier, thème que j’ai photographié avec passion car il représente pour moi un lieu mythologique de notre modernité. Enferment ( cage) et puis possibilité de monter ou descendre mais peut-être descente aux Enfers car Dante est toujours là, de palliers en palliers… J’ai un jour descendu 7 étagesavec l’impression bien réelle de descendre aux tréfons de mon âme, et alors quelle joie de lever la tête et voir le Ciel…

Guérison ou suicide ? Qui peut savoir vers quoi se dirige le personnage ? Auncun indice d’humanité autour d’elle, elle fuit, hors du temps, hors des lieux… Ces mêmes lieux qui l’enferment cependant dans des rues… et dans un appartement à nouveau et toujours, des fenêtres duquel elle peut contempler encore la cour et le vide, au fond, là-bas. Le vide est autout d’elle, mais aussi en elle, sans aucune autre communication que celle d’elle-même à elle-même… ; la skizophrénie suggérée dans le rapport voix off / voix invite vraiment à la mise en question de la double-énonciation théâtrale (mais que ce terme est laid pour traduire la beauté du sens multiplié). A chaque instant, l’impression me venait qu’Helena s’adressait autant à elle-même (je veux dire, de personnage à personnage ou de personnage à actrice) qu’au spectateur cité dans le hors-écran et avec qui se pose la question d’une possible communication qui était pariculièrement visible dans la scène où elle marche dans la rue et où le téléphone en premier plan construit une dynamique particulièrement intéressante de parole et de silence entre les plans de l’écran et du réel. Le téléphone est extérieur : il est dans la rue, signe de l’appel au secours au milieu d’une ville désertique où l’individu est abandonné au dégoût de lui-même, où il risque de devenir objet à son tour, un corps étendu sur les marches… Sexualisé, statuifié, le corps devient pour l’être le lieu d’une impossible réconciliation avec soi-même, d’une scission profonde manifeste dans le désir d’étreintre l’autre ou soi-même… Sortir hors de soi, pour se retrouver, pour s’approprier son corps ce que la scène finale pourrait également suggérer par une appropriation non codifiée du maquillage : travestissement ou révélation ? Ce que le maquillage invite à voir, c’est avant tout une esthétique de la folie une esthétique de l’image intérieure de soi-même et une transformation du monde.

Dans l’appartement, dans l’intériorité de soi à soi, l’exressivité du visage se modifie, se boulverse tout comme la parole se libère, tout comme le suicide permettrait de libérer les organes dans une conception inspirée des écrits théoriques d’Artaud. Les objets les plus familiers, deviennent les témoins froid d’une crise de l’intériorité… Crise de l’intérieur, d’ailleurs, quand Helena rassemble ses affaires dans un sac, telle une bête traquée qui ne sait où aller mais veut juste sortir. De soi-même. Du monde. La scène de la baignoire fait bien sûr penser à Psychose, mais l’étendue d’eau fait écho au thème du miroir et au Mythe de Narcisse, créateur et auto-destructeur en même temps. Des débris de l’être émerge, tel un phoénix, un être de poésie et de chant lyrique dans l’ultime scène.

La scène du maquillage me fais rêver à une forme de défiguration qui aurait sans doute perdu de sa poésie si elle avait été en couleur ou alors trop "choc" ( pour moi, en tout cas!!!). J’ai songé tout en même temps à la beauté de La Callas (apaisée par la beauté du chant), au vol des feuilles jaunies des arbres en automne, à un film de Franju (Les Yeux sans visage) qui mettent en évidence l’importance de la dialectique entre figuation et défiguration pour la quête de son identité, en même temps qu’au Pierrot tout Blanc du cirque –personnage mélancolique s’il est en qui réalise parfaitement cette parole qui semble d’un coup s’adresser à nous-même «  prenez soin de vous… Qui s’occupera de vous si je m’en vais ??… ». Et cette parole, je la trouve admirable, supportée par le Requiem car elle est à la fois chant d’adieu à la vie et chant d’amour pour la vie. Le renversement est boulversant et je ne sais pas exactement dans quel état d’esprit tu as pu écrire ces mots mais pour moi, c’était un peu comme si la scission du personnage souffrant était ou dépassée ou intériorisée encore plus profondément en lui - cela importe guère car finalement, après avoir crié au secours, le spectateur se rend compte qu’il a parfaitement besoin de cette existence fragile.

Ce qui m’a semblé particulièrement intéressant c’est cette demande d’aide qui nous ramène à une condition impuissante de spectateurs devant la destruction. L’adresse directe nous donne envie de crever l’écran pour l’attraper par le poignet et la retenir dans sa chute, ou plutôt, dans son tourbillon car je trouve que les effets de « bougers » dont tu parlais sont tout à fait intérprétable aussi dans ce mouvement d’aspiration et d’expiration qui se reflète dans cet état.

Helena est très touchante dans sa demande d’amour et d’aide… et la musique du Requiem de Fauré est bien trouvé à la fin car c’est comme une modulation, entre harmonie musicale et parole, cette parole qui vient aussi bien dans la voix off que dans les quelques mots qui se détachent de la bouche d’Helena. Sublime donc, car cette musique est exactement la traduction de cet état de fragilité d’une voix qui se métamorphose en musique par le chant et réalise la synthèse de l’image, de la musique et de la parole. La fin est flottante, mouvante et belle tout simplement car cela s’approche d’une forme de grâce dansante esthétique et métaphysique. ( Tu as eu raison d’assumer pleinement la dimension esthétique de la folie car l’art est avant tout pour moi une représentation c’est-à-dire, un beau, mais alors très beau mensonge – ou plutôt il ment et dit le vrai plus profond et là, Artaud a bien vu… Ce qui me touche tout particulièrement c’est que la mort n’est pas filmée dans sa violence cruelle telle qu’elle est envisagée au début avec la mention de la lame, la corde et les médicaments… C’est plutôt un tourbillonnement de gestes qui porte l’Etre dans le linceul du Requiem avec délicatesse. La plus absolue.

J'aime la vie telle qu'on la ressent dans le film. Je me demandais avec angoisse si Helena allait être filmée morte mais je la préfère bien vive à la fin !!! L’ idée de crise cela s’accorde parfaitement avec les moyens… C’est une frénésie qui s’empare du personnage du cinéaste aussi en quelque sorte… il est intéressant que ce thème soit votre projet de départ. Hélena est très expressive et presque méconnaissable à certains moments. Peut-être ce fil ténu de vie sur lequel elle semble marcher m’apparaît-il plus distinctement encore dans la mesure où vous étiez là tous les deux et que je me sentais très absorbée par le film au point de me demander si elle serait à nouveau là quand la lumière se rallumerait, mais c’était bien le cas…

 

Merci à tous les deux…

Ne coupez pas, continuez à tournez...

Pascaline Hamon

19. Décembre 2009.

 

 


 

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Published by Pascaline Hamon - dans Les p'tits papiers du cinéma
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